Dans le magasin, je pousse mon caddie et j’observe.
La lumière fluorescente, les gens qui passent, les expressions sur les visages. Quand je croise un regard je souris. Parfois l’autre sourit à son tour. Souvent il baisse les yeux et continue son chemin.
Et je ressens quelque chose que je connais depuis longtemps. Une indifférence. Pas la mienne. Celle des autres.
Ce qui se passe vraiment
Je ne regarde pas les gens dans un magasin parce que je m’ennuie. Je les regarde parce que mon cerveau n’a jamais appris à faire autrement.
À 7 ans, dans la cuisine de ma grand-mère, je posais des questions. Sur tout. Sur pourquoi le ciel est bleu, sur comment fonctionnent les choses, sur ce que les adultes se disaient à voix basse. Et la réponse était toujours la même : parce que c’est comme ça. Tu apprendras ça à l’école. Prends le dictionnaire.
Alors j’ai pris le dictionnaire. Et j’ai appris à lire les gens comme je lisais les mots. Parce que personne ne me donnait les réponses, j’ai appris à les trouver moi-même. Dans les expressions, les intonations, les regards, les silences.
Un jour ma grand-mère était au téléphone. Je regardais son visage, j’écoutais ses mots, je cherchais le moindre signe. Est-ce que c’est maman ? Est-ce qu’elle vient nous chercher ? Est-ce que cette fois c’est différent ?
C’est là que l’hypervigilance est née. Pas d’un coup. Progressivement. Chaque regard scruté, chaque intonation analysée, chaque silence interprété. Mon cerveau a appris qu’observer les autres c’était survivre. Que lire les signaux avant qu’ils arrivent c’était se protéger.
Et depuis, il le fait partout. Dans les magasins, dans les files d’attente, dans les réunions, dans les conversations. Pas parce que je le décide. Parce qu’Otto a enregistré cette leçon il y a 39 ans et qu’il la rejoue chaque jour sans me demander la permission.
Ce que ça coûte
L’hypervigilance est épuisante. Analyser en permanence, lire chaque signal, anticiper chaque réaction. Le cerveau ne s’arrête jamais vraiment. Et dans la foule, au milieu de tous ces gens qui parlent et rient et vivent, tu restes dans ta tête à observer, séparé du monde par une vitre invisible que tu as construite toi-même pour te protéger.
La bonne nouvelle c’est que ce mécanisme qui t’a sauvé enfant peut être observé maintenant. Pas supprimé. Juste vu pour ce qu’il est vraiment : un enfant de 7 ans qui faisait de son mieux avec ce qu’il avait.
La question
Quand tu analyses les gens autour de toi, est-ce que tu cherches vraiment à les comprendre ou est-ce que tu cherches à savoir si tu es en sécurité ?
Et toi, dans quelle situation ton mode analyse s’active sans que tu l’aies décidé ?
Merci d’avoir pris le temps de lire cet article. Si quelque chose dans ces mots t’a touché, écris-moi. En attendant prends soin de toi et on se retrouve très vite pour un nouvel article pour découvrir qui pilote vraiment notre existence.
Stiv
