Depuis 4 mois je suis en arrêt maladie.
Et depuis 4 mois, silence radio. Pas un message, pas un appel, pas une visite. Les collègues avec qui je partageais mon café chaque matin depuis 20 ans, ceux que j’ai écoutés, soutenus, aidés à traverser leurs galères, leurs doutes, leurs erreurs — personne.
J’ai créé un groupe sur les réseaux. Tout le monde a accepté l’invitation. Tout le monde parle entre eux. Personne n’interagit avec ce que je partage moi.
Comme si j’avais cessé d’exister le jour où j’ai cessé d’être utile.
Ce que ça réveille
Ce silence me ramène directement à la cour de récréation. À 7 ans, au milieu des autres enfants qui chahutaient, jouaient, criaient. Moi dans mon coin, à observer. Présent physiquement. Absent de la fête.
Et plus loin encore. À cette cuisine froide en Belgique où j’attendais que le téléphone sonne. Où j’écoutais chaque mot, chaque intonation, en espérant que c’était maman qui appelait pour dire qu’elle venait nous chercher.
Elle n’est jamais venue.
Ce sentiment d’être là sans vraiment compter. D’être présent sans vraiment exister aux yeux des autres. Je le connais depuis l’enfance. Et apparemment Otto le connaît aussi. Parce que dès que la situation ressemble de près ou de loin à cette ancienne douleur, il la rejoue fidèlement.
Ce que j’ai compris
Pendant 20 ans j’ai donné. Écouté, soutenu, conseillé, accompagné. Je ressentais ce que les autres vivaient avant même qu’ils me le disent. Je trouvais les mots justes. Certains me disaient j’ai l’impression que tu es dans ma tête.
Mais quelque part dans tout ça, j’avais aussi besoin qu’on soit dans la mienne.
La vraie question ce n’est pas pourquoi ils ne donnent pas de nouvelles. La vraie question c’est : pourquoi j’ai pendant si longtemps cherché ma valeur dans le fait d’être utile aux autres ?
L’enfant qui n’a pas été cherché a grandi en devenant indispensable. Pour ne plus jamais être laissé.
Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça.
Ce qui se passe maintenant
Je commence à me détacher. Pas avec amertume. Avec lucidité. On a 10 ans d’écart, deux générations de différence, des centres d’intérêt qui divergent. Ce n’est pas un jugement. C’est une réalité.
Et peut-être que cet arrêt maladie, malgré la douleur physique et ce silence pesant, est exactement le moment de tourner la page. De rencontrer des gens qui ont les mêmes ambitions, les mêmes envies, la même maturité.
Parfois l’isolement n’est pas une punition. C’est une invitation.
La question
Est-ce que tu as déjà cherché ta valeur dans le fait d’être utile aux autres pour éviter d’être abandonné ?
Et toi, dans quelle relation tu donnes beaucoup plus que tu ne reçois sans jamais te poser la question pourquoi ?
Merci d’avoir pris le temps de lire cet article. Si quelque chose dans ces mots t’a touché, écris-moi. En attendant prends soin de toi et on se retrouve très vite pour un nouvel article pour découvrir qui pilote vraiment notre existence.
Stiv
