Ta peur de l’abandon — qui la pilote vraiment ?

Ta peur de l’abandon — qui la pilote vraiment ?

Eden a 17 ans. À la rentrée prochaine elle part à l’université.

Je le sais depuis un moment. Et pourtant chaque fois que j’y pense, quelque chose se serre en moi. Une fierté immense pour ce qu’elle est devenue, ce chemin parcouru malgré tout. Et en même temps quelque chose d’autre, plus ancien, plus lourd.

Ce soir elle ne sera plus là pour raconter sa journée. Pour se prendre la tête avec sa sœur. Pour ces moments de complicité que j’observe en silence depuis 17 ans.

Et mon cerveau file directement à l’été 1992.

La valise dans le couloir

J’ai 12 ans. Je rentre d’un camp scout au Tyrol en Autriche. Dix jours de bonheur pur. Mon animal totem était l’aigle, observation, analyse, vision globale, tout ce qu’on appelait rêverie à l’école était enfin reconnu quelque part.

Je rentre le dernier samedi d’août. Je traverse le couloir et j’aperçois une valise. Je me dis peut-être maman qui est revenue.

Ce n’était pas maman. C’était ma valise.

Pendant mon absence, sans m’en parler, sans m’expliquer, on avait décidé de m’inscrire en internat chez les Pères. Parce que mes résultats scolaires étaient médiocres. Bobonne avait dit ils vont faire de toi un homme, ils vont te dresser.

Me dresser. Comme un animal.

À 19h mon oncle prend la valise, me dit de monter dans la voiture. Pas d’explication. Pas d’au revoir de personne. On part.

Pendant tout le trajet je pose des questions. Pas une seule réponse. Comme si je n’existais pas.

On arrive devant un grand bâtiment en U avec un étang au milieu. Une grande porte en chêne qui grince. Un couloir froid avec une vingtaine de portes. Une chambre blanche, 2 mètres sur 4, un lit, un placard, un lavabo, un néon aveuglant.

Mon oncle pose la valise. Pas d’explication. Pas un regard. Pas un au revoir.

Il repart vers sa Nissan Primera turquoise. Je le regarde depuis la fenêtre. Il monte en voiture. Il s’en va sans se retourner.

Et les larmes ont commencé à couler sur mes joues sans s’arrêter pendant un long moment.

Seul dans un endroit froid que je ne connaissais pas, sans comprendre pourquoi j’étais là, sans savoir ce que j’avais fait, avec une seule question qui tournait en boucle : qu’est-ce qui ne va pas avec moi ?

Le mécanisme

La peur de l’abandon ne naît pas d’un seul événement. Elle s’installe progressivement, couche après couche. Maman qui ne revient pas. L’oncle qui repart sans se retourner. Les collègues qui n’envoient pas de nouvelles. Et maintenant Eden qui va partir à l’université.

Ce ne sont pas les mêmes situations. Mais pour Otto c’est le même signal. Quelqu’un part. Tu restes. Et tu ne sais pas si tu comptes vraiment.

Ce mécanisme a protégé l’enfant de 12 ans dans cette chambre blanche. Il lui a appris à anticiper les départs, à ne pas trop s’attacher, à être utile pour qu’on reste.

Mais aujourd’hui quand Eden part à l’université ce n’est pas un abandon. C’est une victoire. La sienne. Et un peu la mienne aussi.

La question

Quand quelqu’un que tu aimes s’éloigne, est-ce que tu ressens la fierté ou la peur en premier ?

Et toi, quelle séparation de ton passé continue de colorer tes départs d’aujourd’hui ?


Merci d’avoir pris le temps de lire cet article. Si quelque chose dans ces mots t’a touché, écris-moi. En attendant prends soin de toi et on se retrouve très vite pour un nouvel article pour découvrir qui pilote vraiment notre existence.

Stiv

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