
Ils vont faire de toi un homme. Ils vont te dresser.
J’avais 12 ans et je venais d’entendre ces mots de la bouche de ma grand-mère. Me dresser. Comme un animal qu’on soumet pour qu’il obéisse. Comme si ce que j’étais naturellement n’était pas suffisant. Comme si mon être entier avait besoin d’être corrigé, redressé, mis en conformité avec une idée de ce que je devais être.
Je suis entré dans ce pensionnat sans comprendre pourquoi j’y étais. Sans au revoir. Sans explication. Dans le silence total de ceux qui auraient dû me protéger.
Ce que la rigidité enseigne
Le pensionnat était froid. Les couloirs longs et sombres. Les portes épaisses qui grincent. Les néons aveuglants. Les règles strictes. Le silence obligatoire à certaines heures. La discipline imposée sans explication.
Pour un enfant hypersensible, curieux, observateur, habitué à lire les émotions et les ambiances, c’était un monde hostile. Pas de chaleur. Pas de tendresse. Pas d’espace pour être ce qu’on est.
Alors j’ai fait ce que j’avais appris à faire depuis l’enfance. Je me suis adapté. J’ai mis un nouveau masque. Celui de l’élève qui respecte les règles. Qui ne fait pas de vagues. Qui survit.
Le mécanisme
La rigidité extérieure crée une rigidité intérieure. Quand l’environnement ne laisse pas de place à l’expression naturelle de ce qu’on est, on apprend à se contrôler. À se taire. À rentrer dans le moule.
Et Otto enregistre ça aussi. Il apprend que montrer qui on est vraiment c’est risqué. Que la spontanéité est dangereuse. Que mieux vaut se conformer que de s’exposer.
Trente ans plus tard ce mécanisme se réactive chaque fois que je dois prendre la parole en public, chaque fois que je dois me montrer tel que je suis sans filtre, chaque fois que je dois occuper l’espace sans m’excuser d’exister.
Ce que j’ai compris
On ne dresse pas un être humain. On peut le contraindre temporairement. Mais ce qu’il est au fond, sa curiosité, sa sensibilité, sa façon unique de voir le monde, ça ne se dresse pas. Ça attend patiemment que l’espace lui soit rendu.
Mon espace je suis en train de le reprendre. Un article à la fois. Un accompagnement à la fois. Une prise de parole à la fois, même maladroite, même imparfaite.
La question
Qui t’a dit un jour que ce que tu étais naturellement devait être corrigé ? Et est-ce que tu l’as cru ?
Et toi, quelle part de toi as-tu mise de côté parce que quelqu’un t’a dit qu’elle ne convenait pas ?
Merci d’avoir pris le temps de lire cet article. Si quelque chose dans ces mots t’a touché, écris-moi. En attendant prends soin de toi et on se retrouve très vite pour un nouvel article pour découvrir qui pilote vraiment notre existence.
Stiv
